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CLINIQUE JURIDIQUE et MANAGERIALE "LM" ( Dr. Oswald KPENGLA-S. )

ECHANGES PLURIDISCIPLINAIRES

litterature francophone

L'ACCENT

Publié le 3 Avril 2019 par Dr Oswald KPENGLA-S dans LITTERATURE FRANCOPHONE

L’ACCENT

De l'accent ! De l'accent ! Mais après tout en-ai-je?

Pourquoi cette faveur ? Pourquoi ce privilège ?

Et si je vous disais à mon tour, gens du Nord,

Que c'est vous qui pour nous semblez l'avoir très fort...

Que nous disons de vous, du Rhône à la Gironde,

"Ces gens-là n'ont pas le parler de tout le monde !"

Et que, tout dépendant de la façon de voir,

Ne pas avoir l'accent, pour nous, c'est en avoir...

Eh bien non ! Je blasphème, et je suis las de feindre !

Ceux qui n'ont pas d'accent, je ne puis que les plaindre !

Emporter de chez soi les accents familiers,

C'est emporter un peu sa terre à ses souliers !

Emporter son accent d'Auvergne ou de Bretagne,

C'est emporter un peu sa lande ou sa montagne !

Lorsque, loin du pays, le cœur gros, on s'enfuit,

L'accent ? Mais c'est un peu le pays qui vous suit !

C'est un peu, cet accent, invisible bagage,

Le parler de chez soi qu'on emporte en voyage !

C'est pour les malheureux à l'exil obligés,

Le patois qui déteint sur les mots étrangers !

Avoir l'accent enfin, c'est, chaque fois qu'on cause,

Parler de son pays en parlant d'autre chose !...

Non, je ne rougis pas de mon fidèle accent !

Je veux qu'il soit sonore et clair, retentissant !

Et m'en aller tout droit, l'humeur toujours pareille,

En portant mon accent fièrement sur l'oreille !

Mon accent ? Il faudrait l'écouter à genoux...

Il nous fait emporter la Provence avec nous,

Et fait chanter sa voix dans tous mes bavardages,

Comme chante la mer au fond des coquillages !

Ecoutez ! En parlant, je plante le décor :

Du torride Midi dans les brumes du Nord !

Mon accent porte en soi d'adorables mélanges,

D'effluves d'orangers et de parfum d'oranges ;

Il évoque à la fois les feuillages bleu-gris

De nos chers oliviers aux vieux troncs rabougris,

Et le petit village où les treilles splendides

Éclaboussent de bleu les blancheurs des bastides !

Cet accent-là, mistral, cigale et tambourin,

A toutes mes chansons donne un même refrain ;

Et quand vous l'entendez chanter dans ma parole

Tous les mots que je dis dansent la farandole !

 

Miguel Zamacoïs (1866-1955) dans La Fleur Merveilleuse

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PENSÉE DU JOUR

Publié le 20 Mars 2019 par Dr Oswald KPENGLA-S dans PENSÉES DU JOUR, LITTERATURE FRANCOPHONE

Après la bataille
Victor Hugo

Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d’un seul housard qu’il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d’une bataille,
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit.
C’était un Espagnol de l’armée en déroute
Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
Râlant, brisé, livide, et mort plus qu’à moitié.
Et qui disait:  » A boire! à boire par pitié !  »
Mon père, ému, tendit à son housard fidèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
Et dit: « Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé.  »
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l’homme, une espèce de maure,
Saisit un pistolet qu’il étreignait encore,
Et vise au front mon père en criant: « Caramba!  »
Le coup passa si près que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière.
« Donne-lui tout de même à boire », dit mon père.

Victor Hugo

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Du chevalier à madame de Senanges

Publié le 30 Mai 2016 par Dr Oswald KPENGLA-S dans LITTERATURE FRANCOPHONE

Eh bien! madame, je vais donc me faire une étude de dissiper, au moins, vos préventions; et, quand votre défiance aura disparu, vous conviendrez qu’elle n’était pas l’ennemi le plus cruel que j’eusse à combattre.

Quoi qu’il en soit, je ne puis me repentir. L’aveu qui m’est échappé est une jouissance pour mon cœur; il me donne au moins des droits à votre amitié, & tout sentiment qui part de votre âme, ne peut être indifférent à la mienne. J’ai connu quelques femmes; presque toutes aimaient mieux inspirer des désirs que de l’amour. Vous seule avez rempli l’idée que je me suis faite de l’être avec qui je voudrais passer ma vie; vous seule avez tout;
& il semble que, dans vous, les grâces aient pris plaisir à parer la vertu. Combien je veux vous aimer! Combien, hélas! je voudrais vous plaire! Je veux, au moins, que vous disiez un jour; pourquoi n’ai-je pu m’attacher à lui? Peut-être il eût fait mon bonheur, et
j’étais sûre de faire le si
en.

CLAUDE-JOSEPH DORAT

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LE LOUP PLAIDANT CONTRE LE RENARD PAR-DEVANT LE SINGE

Publié le 23 Mai 2016 par Dr Oswald KPENGLA-S dans LITTERATURE FRANCOPHONE

Un Loup disait que l’on l’avait volé:

Un Renard, son voisin, d’assez mauvaise vie,

Pour ce prétendu vol par lui fut appelé.

Devant le Singe il fut plaidé,

Non point par Avocats, mais par chaque Partie.

Thémis n’avait point travaillé,

De mémoire de Singe, à fait plus embrouillé.

Le Magistrat suait en son lit de Justice.

Après qu’on eut bien contesté,

Répliqué, crié, tempêté,

Le Juge, instruit de leur malice,

Leur dit: «Je vous connais de longtemps, mes amis;

Et tous deux vous paierez l’amende:

Car toi, Loup, tu te plains, quoiqu’on ne t’ait rien pris;

Et toi, Renard, as pris ce que l’on te demande.»

Le Juge prétendait qu’à tort et à travers

On ne saurait manquer condamnant un pervers.

LA FONTAINE (Jean De)

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LE CHÊNE ET LE ROSEAU

Publié le 22 Mai 2016 par Dr Oswald KPENGLA-S dans LITTERATURE FRANCOPHONE

Le Chêne un jour dit au Roseau:

«Vous avez bien sujet d’accuser la Nature;

Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.

Le moindre vent qui d’aventure.

Fait rider la face de l’eau,

Vous oblige à baisser la tête:

Cependant que mon front, au Caucase pareil,

Non content d’arrêter les rayons du Soleil,

Brave l’effort de la tempête.

Tout vous est Aquilon; tout me semble Zéphir.

Encore si vous naissiez à l’abri du feuillage

Dont je couvre le voisinage;

Vous n’auriez pas tant à souffrir:

Je vous défendrais de l’orage;

Mais vous naissez le plus souvent

Sur les humides bords des Royaumes du vent.

La Nature envers vous me semble bien injuste.

- Votre compassion, lui répondit l’Arbuste,

Part d’un bon naturel; mais quittez ce souci.

Les vents me sont moins qu’à vous redoutables.

Je plie et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici

Contre leurs coups épouvantables résisté sans courber le

dos;

Mais attendons la fin.» Comme il disait ces mots

Du bout de l’horizon accourt avec furie

Le plus terrible des enfants

Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.

L’Arbre tient bon; le Roseau plie:

Le vent redouble ses efforts,

Et fait si bien qu’il déracine

Celui de qui la tête au Ciel était voisine,

Et dont les pieds touchaient à l’empire des morts.

La FONTAINE (Jean De)

Toi, le Chêne d’ici ou d’ailleurs, penses-tu à ces grands vents ?

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MON ACCENT

Publié le 31 Octobre 2013 par Dr Oswald KPENGLA-S dans LITTERATURE FRANCOPHONE

J'aime ces lignes,

Il y a 23 ans je l'ai ai lues,

aujourd'hui, elles résonnent encore en moi,

aujourd’hui, il me plaît de les partager avec toi.

Lis, peut-être, ça te fera le même effet...

« Emporter de chez soi les accents familiers,

C'est emporter un peu sa terre à ses souliers,

C'est emporter un peu sa lande ou sa montagne!

Lorsque, loin du pays, le cœur gros, on s'enfuit,

L'accent? Mais c'est un peu le pays qui vous suit!

C'est un peu, cet accent, invisible bagage,

Le parler de chez soi qu'on emporte en voyage!

C'est pour les malheureux à l'exil obligés,

Le patois qui déteint sur les mots étrangers!

Avoir l'accent enfin, c'est, chaque fois qu'on cause,

Parler de son pays en parlant d'autre chose!...

Non, je ne rougis pas de mon fidèle accent!

Je veux qu'il soit sonore, et clair, retentissant! »

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LECTURE DU JOUR

Publié le 12 Septembre 2013 par Dr Oswald KPENGLA-S dans LITTERATURE FRANCOPHONE

Alchimie de la douleur

L'un t'éclaire avec son ardeur,
L'autre en toi met son deuil, Nature !
Ce qui dit à l'un : Sépulture !
Dit à l'autre : Vie et splendeur !

Hermès inconnu qui m'assistes
Et qui toujours m'intimidas,
Tu me rends l'égal de Midas,
Le plus triste des alchimistes ;

Par toi je change l'or en fer
Et le paradis en enfer ;
Dans le suaire des nuages

Je découvre un cadavre cher,
Et sur les célestes rivages
Je bâtis de grands sarcophages

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RUBRIQUE LITTERATURE

Publié le 4 Mai 2013 par Dr Oswald KPENGLA-S dans LITTERATURE FRANCOPHONE

Dans cette rubrique "LU POUR VOUS" il vous sera présenté des morceaux que j'ai choisis, pour les avoir lus et aimés. Il s'agira juste de les lire et de les commenter au besoin.

LU POUR VOUS NUMÉRO 1. Si... (de Rudyard K.)

Si...

Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre d'un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir;
Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cess
er d'être tendre
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un seul mot;
Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillan
t les rois
Et si tu peux aimer tous tes amis en frère
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi;

Si tu sais méditer, observer et connaître
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur;
Rêver, mais sans laisser le rêve être ton maître,
Penser sans n'être qu'un penseur;
Si tu peux être dur sans jamais être en rage,
Si tu peux être brave
et jamais imprudent;
Si tu sais être bon, si tu sais être sage
Sans être moral ni pédant;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,
Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes escla
ves soumis
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme, mon fils.

Rudyard Kipling

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LU POUR VOUS NUMÉRO 2. L'Homme et son Image (Jean de La FONTAINE)

L'Homme et son Image

Un Homme qui s’aimait sans avoir de rivaux

Passait dans son esprit pour le plus beau du monde :

Il accusait toujours les miroirs d’être faux,

Vivant plus que content dans une erreur profonde.

Afin de le guérir, le sort officieux

Présentait partout à ses yeux

Les conseillers muets dont se servent nos dames :

Miroirs dans les logis, miroirs chez les marchands,

Miroirs aux poches des galants,

Miroirs aux ceintures des femmes.

Que fait notre Narcisse ? Il se va confiner

Aux lieux les plus cachés qu’il peut s’imaginer,

N’osant plus des miroirs éprouver l’aventure.

Mais un canal, formé par une source pure,

Se trouve en ces lieux écartés :

Il s’y voit, il se fâche, et ses yeux irrités

Pensent apercevoir une chimère vaine.

Il fait tout ce qu’il peut pour éviter cette eau ;

Mais quoi ? le canal est si beau

Qu’il ne le quitte qu’avec peine.

On voit bien où je veux venir.

Je parle à tous ; et cette erreur extrême

Est un mal que chacun se plaît d’entretenir.

Notre âme, c’est cet Homme amoureux de lui-même ;

Tant de miroirs, ce sont les sottises d’autrui,

Miroirs, de nos défauts les peintres légitimes ;

Et quant au canal, c’est celui

Que chacun sait, le livre des Maximes.

Jean de La FONTAINE

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LU POUR VOUS NUMÉRO 3. LES VOLEURS ET L’ÂNE (Jean De La FONTAINE)

Les voleurs et l’Âne
Pour un Âne enlevé deux voleurs se battaient :
L’un voulait le garder, l’autre le voulait vendre.
Tandis que coups de poing trottaient,
Et que nos champions songeaient à se défendre,
Arrive un troisième larron
Qui saisit maître Aliboron.
L’Âne, c’est quelquefois une pauvre province :
Les voleurs sont tel ou tel prince,
Comme le Transylvain, le Turc et le Hongrois.
Au lieu de deux, j’en ai rencontré trois :
Il est assez de cette marchandise.
De nul d’eux n’est souvent la province conquise :
Un quart voleur survient, qui les accorde net
En se saisissant du Baudet.

Jean De La FONTAINE

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LU POUR VOUS NUMÉRO 4. Un sourire (Victor HUGO)

Un sourire !

La gaîté manque au grand roi sans amours ;
La goutte d'eau manque au désert immense.
L'homme est un puits où le vide toujours
Recommence.
Vois ces penseurs que nous divinisons,
Vois ces héros dont les fronts nous dominent,
Noms dont toujours nos sombres horizons
S'illuminent !
Après avoir, comme fait un flambeau,
Ébloui tout de leurs rayons sans nombre,
Ils sont allés chercher dans le tombeau
Un peu d'ombre.
Le ciel, qui sait nos maux et nos douleurs,
Prend en pitié nos jours vains et sonores.
Chaque matin, il baigne de ses pleurs
Nos aurores.
Dieu nous éclaire, à chacun de nos pas,
Sur ce qu'il est et sur ce que nous sommes ;
Une loi sort des choses d'ici-bas,
Et des hommes !
Cette loi sainte, il faut s'y conformer.
Et la voici, toute âme y peut atteindre :
Ne rien haïr, mon enfant ; tout aimer,
Ou tout plaindre !

Victor HUGO
Paris, octobre 1842.

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