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CLINIQUE JURIDIQUE et MANAGERIALE "LM" ( Dr. Oswald KPENGLA-S. )

ECHANGES PLURIDISCIPLINAIRES

L’AFRIQUE ET LA DEMOCRATIE

Publié le 4 Mai 2013 par Dr Oswald KPENGLA-S in PAN-AFRICANISME

L’AFRIQUE ET LA DÉMOCRATIE

Dieu créa l’homme et l’homme créa la monnaie. Le monde se mercantilise de plus en plus. On achète tout sans connaître le prix de tout[1]. La morale a fui, l'éthique s'éloigne et il n'y a plus de loi que celle des plus forts. Les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent un peu plus chaque jour.

Les fossés classiques entre riches et pauvres se raffermissent et s’aggravent. Le visage de l’Afrique se ride de plus en plus, alors que le reste du monde sourit presque. Les dirigeants africains promettent le partage mais s'enrichissent seuls. Ils se prétendent du peuple mais s'en éloignent toujours un peu plus par leur conduite.

Le colon s’en est allé de l’Afrique en laissant sur place ses membres et son tronc. Les nombreuses promesses des fleurs des indépendances sont sans lien avec les fruits de nos Etats. Le chaud soleil des indépendances n’a pas permis de sécher nos loques imbibées de larmes et de sueurs, produit des écueils et des vicissitudes de la traite négrière redorée de la colonisation.

Sous la pression des programmes d’ajustement structurels, fatiguée de sa propre graisse, l’Afrique va s’ouvrir à la démocratie, dans les années 90, par le biais des conférences des forces vives. Oui, la démocratie, parlons-en donc à l’africaine.

L’Afrique de la démocratie n’est-elle pas une Afrique malade ?

L’Afrique fait-elle de la démocratie ? si oui, cette démocratie est-elle conforme à notre société ?

[1] J’y reviendrai dans un autre post.

I- La démocratie africaine, une première dent cariée poussée de la gencive supérieure

Ne soyez point choqué. Ce n’est pas trop fort. N’en soyez point offusqué, vous aurez le temps de la contradiction. Elle est constructive quand elle est faite sainement.

Chaque jour, l’Afrique se meurt sous le fardeau de la misère des coups d’Etat, de la légèreté de décisions mal élaborées, des détournements de deniers publics, de la cupidité de dirigeants assoiffés d’un pouvoir dont-ils ne connaissent point le contenu, d’une opposition (puisqu’il est malheureusement convenu de la désigner ainsi) à peine visible, sans idéologie et cupide. Des oppositions dansant sous le rythme endiablé de la douleur de ne pas être au pouvoir, ce lieu où se partage le ‘’gâteau’’ qu’on vole à un peuple miséreux et misérable. Il suffit d’ouvrir les yeux pour les voir car l’Afrique en est remplie. Elles attendent leur tour.

Lorsque dans les années 90 le vent démocratique a commencé par souffler, l’Amérique avait plus de deux (2) siècles de démocratie[3]. En effet, en 1776, Thomas Jefferson, Benjamin Franklin et John Adams rédigèrent la déclaration d’indépendance des États-Unis. Ainsi furent posés les grands principes de la démocratie modernes. Un peu plus tard, la France aussi va amorcer un processus démocratique sans retour. Je me prive de vous dire des détails. Il faut tout simplement constater que la notion de démocratie moderne[4] était presque bicentenaire quand l’Afrique fit son entrée retentissante dans la danse. Certains se délecterons de l’idée que la partie orientale de l’Europe y est entrée dans la même période, mais parlons de nous.

La démocratie américaine a donné lieu à la dichotomie « républicain » et « démocrate ». Celle de France s’est contentée de « partis de gauche » et de « partis de droite ». Dans ces pays, le point fondamental de la césure est idéologique. Qu’ils soient de gauche ou républicains, ils ont une idéologie à laquelle ils tiennent. Mais que nous a apporté la démocratie d’Afrique Noire ? Vous le savez. Nous avons eu des « opposants » et des « mouvanciers ». Relisez ces mots à nouveau et vous verrez qu’ils sont porteurs des cauchemars abracadabrants qui hantent nos nuits. Cherchez-les dans tous les dictionnaires, vous les trouverez peut-être. C’est un néologisme afro-africain. La famille attend avec impatience la dent qui a donné tant de fièvre à l’enfant et celle-ci vient d’en-haut toute cariée.

On a attendu une démocratie, qui est venue moribonde. L’Afrique n’a pas été capable de choisir l’une des formes préexistantes. Si elle considère que les deux autres qu’elle prend à tort comme mères sont bâtardes, elle aurait pu au moins s’en inspirer pour proposer mieux que la « mouvance ». L’Afrique, ce terrible enfant de l’univers a eu une dentition difficile et longue, pour ne montrer qu’une dent pourrie forçant sans scrupule la gencive supérieure. C’est ainsi que les divisions intestines historiques ce sont exacerbées. Des amis qui se séparent au nom de la démocratie. Des époux qui divorcent, des ethnies qui s’entretuent, des collègues qui s’entredéchirent à belles dents.

Vides d’idéologie, parce qu’ils n’en sont point capables, les partis politiques sont devenus des garnisons, les élections sont devenues des poudrières et les campagnes électorales des champs de bataille militaro-métaphysique, bataille au cours de laquelle on n’oublie pas, à coup d’argent, de rappeler au peuple africain sa pauvreté meurtrière et lui signifier qu'il n'a droit à sa pitance qu'en temps d'élection.

Les gouvernants peinent à gouverner et les autres peinent à offrir mieux. Il est clair qu’ils nous ont oublié. Aucune idéologie de part et d’autre. Oui, ils nous ont oublié. Sinon, pourquoi ne les voit-on qu’au moment des élections ? Faut-il être au pouvoir pour travailler citoyennement au développement de notre continent ?

Population d’Afrique ! est-ce cette démocratie que tu attendais fiévreusement ?

Peuple Africain, tu es oublié de tes hommes politiques ; peut-on même les appeler ainsi ?

II- Démocratie africaine ou « démencratie »

Calmons-nous, car nous finirons par nous entendre ; tout au moins sur le constat d’un échec de notre démocratie.

Si la démocratie est multipartisme intégral, alors il y a dans certains pays d’Afrique, des parties du peuple qui partent ensemble sur une base ethnique ou tribale. Ils vous parleront de leader charismatique ou de candidat naturel ; ce sont nos partis politiques. Bienvenue donc dans l’Afrique multipartite.

Si la démocratie est liberté d’expression, alors l’Afrique connait la démocratie, puisque munis d’un stylo, certains écrivent n’importe quoi sur n’importe qui et ne veulent pas souffrir qu’on leur demande de se justifier. Tout le monde a des droits, mais personne ne sait ce qu’est le devoir, parce que personne n’en veut.

Si la démocratie, ce sont les élections à coup de milliards, pour plus de moitié empruntés, oui, il y a démocratie, puisque les élections en Afrique démocratique enrichissent plus d’un et appauvrissent le peuple.

Si la démocratie, ce sont les gouvernements avec les ministres, oui, nous sommes en démocratie, car l’Afrique démocratique a la particularité de nommer tellement de ministres qu’on arrive même plus à retenir leur dénommination. Alors que les budgets de nos pays peinent à être votés en équilibre des ressources et des charges, et qu’à ce titre ils sont basés sur des prêts, nos dirigeants sont mieux payés que les dirigeants des pays bailleurs desdits budgets. Voilà notre démocratie.

Si la démocratie, c’est une Assemblée parlementaire, nous en avons, et il suffit de lire le tableau des saisons pour comprendre pourquoi il arrive à ses acteurs de « transhumer ». Je ne dis rien de nouveau, ce sont eux, qui la première fois nous ont indiqué le mot transhumance dans les hémicycles.

Si la démocratie, c’est un groupe de partis unis par l’échec dans la course pour le pouvoir, qui mènent la vie dure au groupuscule qui dirige, alors l’Afrique noire est démocratique car, il est aisé de voir des assoiffés du gâteau, appelons-le ainsi, avides du pouvoir qui vivent de critique. Ils confondent en effet, esprit critique et esprit de critique. Tout aussi cupides que les autres, ils sont haineux et hardis. Ils s’opposent à tous et à tout, puisque c’est bien cela leur nom. Ils finissent même par '' s’entropposer ''. Ils médissent sans jamais dire eux –mêmes, et quand ils finissent par dire, ils se dédisent bien vite.

La démocratie des opposants et des « … » que nous couvons en Afrique est un échec ; vous en conviendrez sans doute avec moi. Elle ne fait que nous enliser dans nos tares sociologiques. Oui, les tares sociologiques, disons-le sans ambages. L’africain ne supporte pas de voir l’autre réussir. Dans la compétition, il n’admet souvent pas que l’autre peut être le vainqueur. Pour lui, une compétition se transforme vite en une adversité. Si vous gagnez, il veut s’assurer de votre échec pour faire entendre, à qui le veut, qu’on aurait mieux fait de le choisir à votre détriment. Pour s’assurer de votre échec, il fait l’une des deux choses suivantes : soit qu’il demeure passif, silencieux en attendant dans « la prière » votre échec, ou activement, il travaille à votre perte certaine ; la vulnérabilité de l’homme finira un jour par leur servir d’adjuvant.

Tout se passe comme si nous ne serons pas tous comptables des erreurs de nos dirigeants. Si, nous sommes tous comptables, et nous le serons toujours, que nous soyons républicains d’ici ou démocrates de là-bas; nos bailleurs de fonds savent nous le rappeler d'ailleurs si bien.

Les gouvernants peinent à gouverner et les autres peinent à offrir mieux. Il est clair qu’ils nous ont oublié. Aucune idéologie de part et d’autre. Oui, ils nous ont oublié. Sinon, pourquoi ne les voit-on qu’au moment des élections ? Faut-il être au pouvoir pour travailler citoyennement au développement de notre continent?

A la mentalité africaine correspond une autre forme de démocratie.

Ce n’est pas la démocratie qui ne convient pas à l’Afrique. La démocratie est un bon système de gouvernance, même si elle n’est pas le meilleur système. C’est celle choisie par l’Afrique des années 90 qui est mort-née.

Au lieu d’une démocratie à l’américaine, à la française ou d’une démocratie américano-française, l’Afrique a fait l’option d’un système politique démentiel qui nous encrasse la vie et nous éloigne du développement. C’est de la DEMENCRATIE.

Merci amis lecteurs.

[1] Sauf à intégrer certains paramètres qui seront discutés plus tard.

[2] J’y reviendrai dans un autre post.

[3] A ce sujet, je vous prie de lire le prestigieux ouvrage de Tocqueville DE LA DÉMOCRATIE EN AMÉRIQUE I à l’adresse : http://classiques.uqac.ca/classiques/De_tocqueville_alexis/democratie_1/democratie_t1_2.pdf

[4] J’insiste sur l’expression démocratie moderne car en 594 av. J.-C. déjà il y avait eu des pratiques démocratiques. En effet, l’archonte Solon établit un système de classe en vue de la sélection des magistrats. Ainsi, les citoyens les plus pauvres ont accès aux tribunaux et à l’assemblée du peuple, mais pas aux postes de magistrats et de membres du conseil. Athènes avance ensuite vers plus de démocratie avec Pisistrate et surtout Clistène, qui fait adopter les réformes qui fondent la démocratie athénienne.

Commenter cet article

microneedle skin dermal roller 11/03/2014 09:11

Democracy is still a dream for many African nations. Even though some countries like Ghana, South Africa had achieved that, still many countries are ruling under dictatorship. The people are not getting the rights what they deserve due to it.

Dr Oswald 16/03/2014 23:26

Very clear. Good comment. Maybe one day Africa will follow the best Way

Alain D. 01/06/2013 22:52

Chaque peuple doit trouver sa propre "voie" à un moment donnée.

L'Europe a longtemps vécu ce que vit l'Afrique en ce moment, nous avons eu de sombres passés dont nous ne pouvons pas être fiers.
L'Amérique est un pays tout neuf et récent qui n'est parti de rien mais qui n'a pas eu à trainer ses "cadavres" et a pu donc aller beaucoup plus vite.
L'Asie est bizarre, l'avancé technologique a été fulgurante mais le petit peuple est encore traité comme des esclaves, de la viande qu'il convient de tirer le maximum.
L'Afrique arrive, tranquillement, dans la douleur, fière d'être le berceau de l'humanité, mais elle a 300 ans de retard sur sa voisine l'Europe. Pourquoi ?

Oswald 02/06/2013 17:19

Bonne question.
La mentalité en est une cause non négligeable.
Lisons ensemble mes derniers articles,
Peut-être cela nous inspirerait-il !
Les autres peuples dont tu as si bien parlé clairement, en si peu de mots, ont pour la plus part tiré profit de l'expérience, qu'elle soit bonne ou mauvaise. L’Amérique est le meilleur exemple. Elle a tiré profit des balbutiements et des écueils de l'Europe.

Mais l'Afrique ne sait pas encore s'inspirer de ce qui se passe autour d'elle.
En plein jour elle s'éclaire difficilement encore avec des lampes.

MESSAN Charles 16/05/2013 20:48

Impressionnant ce diagnostic ethico-juridique des Etats africains....